“Oikeiôsis : Comment la familiarisation façonne notre compréhension stoïcienne”
L’oikeiôsis est peut-être le concept le plus original — et le plus fécond — de l’éthique stoïcienne. C’est lui qui explique d’où vient la morale selon les stoïciens : non d’une loi imposée de l’extérieur, mais d’un mouvement naturel de « familiarisation » qui, bien compris, mène de l’instinct de survie jusqu’à la fraternité universelle.
Qu’est-ce que l’oikeiôsis ?
Le terme grec dérive d’oikos, « la maison », et signifie littéralement « appropriation » ou « familiarisation » : le fait de reconnaître quelque chose comme sien, comme lui appartenant en propre. Les stoïciens en font le ressort premier de tout être vivant. Dès la naissance, disaient-ils, l’animal se « familiarise » d’abord avec lui-même : il cherche à se conserver, fuit ce qui le menace, recherche ce qui le nourrit.
Des cercles concentriques : de soi à l’humanité
Le stoïcien Hiéroclès a donné l’image la plus célèbre de l’oikeiôsis : nous serions au centre d’une série de cercles concentriques. Le premier cercle, c’est nous-mêmes ; puis viennent la famille proche, les proches élargis, les concitoyens, et enfin l’humanité tout entière. Le travail éthique consiste à rapprocher les cercles extérieurs du centre — à traiter l’étranger avec la même bienveillance qu’un proche.
« Chacun de nous est pour ainsi dire entouré de nombreux cercles… La tâche est de resserrer d’une certaine manière les cercles vers le centre. »
— Hiéroclès, cité par Stobée
De l’instinct de survie à la vertu
C’est là que l’oikeiôsis devient décisif. À mesure que l’enfant grandit et que la raison se développe, l’objet de sa « familiarisation » se déplace : il ne s’attache plus seulement à sa survie, mais à ce qui est proprement humain — la raison et la vertu. Cicéron l’expose longuement dans Des termes extrêmes des biens et des maux (livre III) : la nature nous conduit graduellement de l’amour de soi à l’amour du bien.
Oikeiôsis et cosmopolitisme stoïcien
De cette doctrine découle l’une des idées les plus modernes du stoïcisme : le cosmopolitisme. Si le mouvement naturel de l’oikeiôsis tend à élargir le cercle de nos attachements jusqu’à l’humanité, alors tout être humain est, en droit, notre « proche ». Marc Aurèle en tirera cette conviction :
« Ma cité et ma patrie, en tant qu’Antonin, c’est Rome ; en tant qu’homme, c’est le monde. »
— Marc Aurèle, Pensées, VI, 44
Ce que l’oikeiôsis change dans nos vies
Comprise concrètement, l’oikeiôsis invite à deux mouvements. Vers l’intérieur : bien se connaître, s’approprier sa propre raison, vivre en accord avec sa nature profonde. Vers l’extérieur : élargir sans cesse le cercle de sa considération, refuser l’indifférence à l’égard d’autrui. C’est un antidote puissant à l’égoïsme comme au repli.
Questions fréquentes
Comment prononcer et traduire « oikeiôsis » ?
On prononce approximativement « oï-kéï-ô-sis ». Les traductions françaises varient : « appropriation », « familiarisation », « conciliation ». Aucune n’est parfaite ; l’idée centrale reste celle de reconnaître quelque chose comme sien.
Quel rapport avec la vertu stoïcienne ?
L’oikeiôsis explique pourquoi vivre selon la nature mène à la vertu : parce que notre nature rationnelle nous porte naturellement vers le bien commun.
Pour poursuivre, explorez la dichotomie du contrôle et découvrez comment gérer vos émotions grâce au stoïcisme.
